Il n’y a pas de convivance sans bonne communication
Le 160e anniversaire de la création de l’Union télégraphique internationale (UTI)
L’histoire de l’UIT est celle de la connexion humaine, partie intégrante d’une Convivance indispensable. Elle a commencé par relier peuples et continents grâce aux câbles télégraphiques et gère aujourd’hui le flux de données numériques, base de notre économie et de notre société à l’échelle mondiale. Célébrer ses 160 ans, c’est reconnaître que, derrière chaque appel, chaque message texte et chaque vidéo en ligne, se trouvent plus d’un siècle et demi de travail collaboratif, de normalisation et une vision partagée : la communication comme droit fondamental et force de progrès global pour la Convivance.
Célébrer le 160e anniversaire de la création de l’Union télégraphique internationale (UTI), précurseur de l’Union internationale des télécommunications (UIT), c’est rappeler l’un des piliers fondamentaux de la communication mondiale. Au milieu du XIXe siècle, le télégraphe électrique était une révolution. Pour la première fois, les messages pouvaient voyager plus vite qu’un train ou un navire. Cependant, un problème majeur subsistait : le manque de normalisation. Face à cette nécessité, la France a pris l’initiative et a convoqué 20 pays à une conférence à Paris.
Vingt états fondateurs ont signé la Convention télégraphique internationale et créé l’Union télégraphique internationale (UTI) à Paris le 17 mai 1865. Ces vingt pays se sont réunis sous la présidence d’Édouard Drouyn de Lhuys et ont signé la première convention télégraphique internationale, créant l’organisation que nous connaissons aujourd’hui sous le nom d’UIT. L’Angleterre n’a pas été invitée à la conférence, car ses services télégraphiques étaient entre les mains de compagnies privées.
Ce jour-là, les représentants ont signé la première « Convention télégraphique internationale » et créé l’Union télégraphique internationale avec pour objectif d’établir des normes techniques communes afin de garantir l’interopérabilité des réseaux télégraphiques internationaux. Il a été convenu de créer un Règlement télégraphique, qui normalisait des aspects tels que les tarifs, les priorités des messages et, surtout, les codes de conduite des opérateurs.
Ce fut un jalon historique ; l’UTI est devenue la première organisation internationale permanente dédiée aux questions techniques, établissant un précédent pour la coopération mondiale et une meilleure compréhension entre les peuples.
Avec l’invention de la radio, de la télégraphie sans fil (TSF) de Marconi et d’autres, un nouveau moyen de communication est apparu, dépassant les frontières. L’UTI a dû s’adapter. Elle ne s’est pas reposée sur ses lauriers. Son évolution a été parallèle à celle de la technologie :
Téléphonie et radio : elle a géré le spectre radioélectrique au niveau mondial, en attribuant des fréquences afin d’éviter les interférences entre pays (de l’aviation civile aux stations de radio et aux satellites de communication).
Télévision et communications par satellite : elle a établi les normes pour la télévision en couleur (comme le PAL, le SECAM et le NTSC, bien qu’aujourd’hui des normes numériques soient utilisées) et a coordonné les orbites des satellites de communication.
Ère numérique et Internet : son rôle est devenu plus crucial que jamais :
Normes techniques (UIT-T) : elle élabore les normes qui rendent possible la communication de données, telles que X.25, ainsi que la compression vidéo (H.264 et H.265) et les protocoles à large bande.
Spectre et orbites (UIT-R) : elle coordonne l’utilisation du spectre pour des technologies telles que la 5G, le Wi-Fi, le GPS, ainsi que les orbites géostationnaires des satellites de communication.
Développement (UIT-D) : elle œuvre pour réduire la « fracture numérique », en apportant l’accès à Internet et aux télécommunications aux pays en développement.
À 160 ans, l’UIT est une organisation indispensable. Ses défis actuels et futurs incluent :
- Garantir la cybersécurité des réseaux publics.
- Gouverner l’intelligence artificielle (IA) dans les télécommunications.
- Connecter les populations non connectées (des milliards de personnes n’ont toujours pas accès à Internet).
- Gérer la transition vers la 6G.
- Promouvoir la neutralité du Net et les droits numériques dans un monde hyperconnecté.
Les groupes d’ingénieurs et les équipes de travail, ponctuels et permanents, proposent des recommandations de normes qui, une fois approuvées, deviennent des standards à suivre par les fabricants d’équipements de télécommunications à l’échelle mondiale.
Madrid 1932 : là où la télégraphie est devenue télécommunication
Dans l’histoire des communications mondiales, tandis que Paris détient le titre de berceau de l’Union télégraphique internationale en 1865, Madrid occupe une place tout aussi cruciale : celle de son nouveau nom. C’est dans la capitale espagnole qu’en 1932, l’organisation a évolué pour adopter le nom qui est aujourd’hui un pilier du monde numérique : l’Union internationale des télécommunications (UIT), avec les représentants de plus de 80 pays.
L’objectif était ambitieux : unifier dans un seul cadre juridique l’ensemble des communications à distance. Le résultat fut la signature de la Convention de Madrid. L’acte le plus symbolique de cette conférence fut la décision de fusionner l’UTI et l’Union radiotélégraphique internationale (URI) en une seule organisation. Pour refléter cette nouvelle réalité intégratrice, qui s’étendait du télégraphe à la radio, un nouveau nom fut choisi : Union internationale des télécommunications (UIT). C’est ainsi qu’est née une institution prête pour l’avenir.
L’événement de Madrid ne fut pas un simple changement de nom ; il constitua une redéfinition de la mission de l’organisation. Il marqua la transition d’une ère centrée sur une seule technologie (le télégraphe) vers une vision globale des « télécommunications », un terme englobant toutes les formes de communication à distance. C’est pourquoi Madrid constitue un chapitre essentiel de l’histoire de l’entité qui, aujourd’hui, régit le spectre radioélectrique et pose les bases techniques de notre ère numérique.
Nicolás Puerto Barrios
Ingénieur technique en télécommunications. Cordoue
