Hubert Étienne et la convivence : une éthique de l’attention pour l’ère numérique
Le philosophe français Hubert Étienne propose une réflexion particulièrement éclairante pour les débats contemporains sur la convivance. Inspiré par René Girard, il considère que nos sociétés sont marquées par des rivalités mimétiques : des désirs qui se reproduisent, des tensions qui s’amplifient et des conflits qui se propagent, aujourd’hui accélérés par les réseaux sociaux et les algorithmes numériques.
Cependant, Étienne ne se limite pas au diagnostic. Face à une technologie qui capte et exploite l’attention humaine, il défend une éthique de l’attention : une manière d’orienter nos relations sociales, économiques et politiques vers plus de modération, de responsabilité et d’attention à l’autre. Cette éthique devrait également guider la conception de l’intelligence artificielle, aujourd’hui trop souvent orientée vers le conflit, la polarisation et la maximisation de l’engagement.
Son expérience chez Meta, où il a travaillé sur le déploiement éthique de modèles d’IA, lui a permis de mesurer à la fois le potentiel et les risques de ces technologies lorsqu’elles se détachent d’un horizon humaniste. De retour en France, il fonde Quintessence AI, un centre consacré à la formation des citoyens et à une réflexion sur l’impact social de l’intelligence artificielle.
Cette réflexion rejoint profondément la tradition andalouse de la convivance, entendue non comme l’absence de conflit, mais comme un art de vivre ensemble dans la différence. La Cordoue historique a su organiser la convivance grâce à des règles, des temps partagés et une attention mutuelle qui rendaient possible le respect.
Aujourd’hui, dans l’espace numérique, cette convivance est en danger. La réflexion Étienne rappelle que sans une attention juste, sans limites et sans éthique, aucune vie commune n’est possible. La convivance, même à l’ère de l’intelligence artificielle, demeure une tâche collective.
